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KRIMAT Ahcene

Photo : ALI AHMED Mohamed Achour

Sous d’autres cieux, il aurait connu un meilleur destin. Pourtant, l’histoire de cet imprimeur mérite de figurer dans les annales du timbre-poste algérien.

Lui, c’est Ahcène Krimat. Un nom qui ne dit pas beaucoup de choses pour la plupart des Algériens. Pour les spécialistes du timbre algérien, l’histoire de cet homme humble, modeste, et surtout affable et très discret, reste intimement liée à celle du premier timbre de l’Algérie indépendante. C’est la revue philatélique Philnews qui l’a approché pour la première fois depuis 1962 au sujet de ce timbre.

C’était à l’occasion d’un entretien réalisé en novembre 2002 par Mohamed Achour Ali Ahmed (éditeur de cette revue) et Djamel Lahlou. L’entretien a été publié dans Philnews n°40 de janvier-février 2003.

Un numéro consacré au 40e anniversaire du premier timbre algérien. Dans cet entretien, Krimat s’est dit étonné qu’on s’intéresse à lui et à son histoire avec cette figurine postale, qui a défrayé la chronique philatélique de l’époque. Enfant de la ville de Jijel, où il y est né le 15 février 1935, Ahcène Krimat est propriétaire de l’imprimerie Les Impressions d’art sise à Hussein Dey.

Une petite imprimerie qui a vu naître le fameux timbre connu sous le nom du 1+9, émis le 1er novembre 1962 pour célébrer le 8e anniversaire de la Révolution. Artisan laborieux, Krimat aime beaucoup son métier, mais surtout son pays. Il a su garder le secret de cette émission afin de parer à d’éventuels sabotages de l’OAS. Une organisation tristement célèbre pour les opérations et attentats commis aussi contre tout ce qui symbolisait le futur Etat algérien. Krimat a pris son imprimerie en gérance libre le 1er octobre 1961.

Elle employait 8 ouvriers, tous européens, à l’exception d’un jeune Algérien formé sur les lieux. Il se souvenait encore des circonstances dans lesquelles il a été approché pour l’impression du fameux 1+9. «J’ai été contacté probablement par les gens de la Fédération du FLN de l’époque, parmi lesquels j’avais des amis qui me connaissaient en tant qu’imprimeur. Mais, honnêtement, je n’avais jamais eu de contacts avant», dira-t-il.

Et de poursuivre : «On m’a choisi peut-être parce qu’on ne voulait pas que l’impression se fasse chez un Européen et que des personnes qui me connaissaient avaient jugé qu’il était préférable de confier l’impression à un artisan algérien et de surcroît connu.»

Krimat avait été l’unique personne chargée de l’impression qui s’est déroulée le 31 octobre 1962, de 21h à 6h. «Après la fin de l’impression et la remise des clichés, toutes les feuilles gâchées ont été détruites», se rappelle-t-il.

C’est ainsi que le premier timbre post-indépendance, purement algérien, est né, en dépit des imperfections dues à la précipitation avec laquelle s’est déroulée cette opération. Sur le caractère historique du travail qu’il avait accompli, notre interlocuteur affirme qu’il en était conscient.

«J’avais gardé humblement cette satisfaction, que d’ailleurs je ne voulais pas ébruiter vu la mauvaise qualité de l’œuvre ; sinon, pourquoi avoir laissé jusqu’au dernier jour pour penser à réaliser ce genre de travail ?» confie Ahcène Krimat, dont le nom restera à jamais lié au premier attribut philatélique de l’Algérie souveraine : un timbre rare et chargé d’histoire.

(Article publié par le quotidien EL-WATAN, le 28/05/2015 : Cliquez-ici pour le consulter.)

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