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Décrétée officiellement en 1992, la célébration (18 février) de la journée nationale du chahid revient chaque année avec son lot de festivités et de commémorations officielles «parrainées», comme toujours, par les plus hautes autorités du pays. Algérie Poste, qui ne rate d’ailleurs pas ce genre d’événement, a été au rendez-vous le 18 février 1994, en émettant un premier timbre du genre, sur un dessin allégorique de Kamer-Eddine Krim.

Il sera suivi cinq ans plus tard par un second timbre, œuvre du même dessinateur et travaillé dans la même veine. Certains ont même cru à un bon commencement, en espérant que la Poste sorte du carcan des ennuyeuses et désespérantes émissions allégoriques pour s’engager dans un véritable travail de mémoire, en mettant sur timbres les figures historiques de la Révolution, tombés en martyrs, mais aussi ceux qui ont donné leur vie à cette patrie, parmi les gens du peuple, qui n’ont jamais eu de responsabilité politique.

Mais il n’en fut rien. Les rares apparitions de portraits de martyrs sur des timbres l’ont été en dehors de la Journée du chahid. Il s’agit de sept figurines, entamées le 8 juin 2000 à l’occasion de la Journée de l’artiste par un hommage à Ali Maâchi (1927-1958). S’ensuivra un clin d’œil à Taleb Abderrahmane (1930-1958), dont le fameux portrait en pull en col roulé et lunettes illustrait un timbre émis en 2003 à l’occasion de la Journée de l’étudiant, puis un autre hommage en 2006 à Aïssat Idir (1915-1959), en commémorant l’anniversaire de l’UGTA.

En 2008, la Journée de l’artiste sera marquée aussi par un portrait du martyr Ahmed Réda Houhou (1911-1956) porté sur un timbre, alors que la célébration en 2010 du 65e anniversaire du 8/5/1945 fut l’occasion d’une émission où apparaît pour la première fois le portrait de Saâl Bouzid, premier martyr de ces événements, avant un hommage rendu en 2012 à Cheikh Larbi Tébessi (1891-1957). La série sera terminée en 2015 par un hommage à Mouloud Feraoun (1913-1962) assassiné par les éléments de l’OAS.

Un maigre bilan, 54 ans après l’indépendance. Dans une correspondance adressée le 4 avril 2007 au président de la République, Abdelaziz Bouteflika, Ali Ahmed Mohamed Achour, membre de l’Association internationale des journalistes philatéliques (AIJP), avait proposé une émission en hommage à Larbi Ben M’hidi à l’occasion du 50e anniversaire de son assassinat. Un grand martyr oublié par l’administration postale, qui s’intéresse étrangement à Cervantès (émission du 16/11/2005).

«Ce n’est pas avec des silhouettes et des allégories chères à la Poste algérienne que notre pays a acquis son indépendance, mais bien grâce à des hommes et des femmes en chair et en os qui se sont sacrifiés pour rendre à cette terre et à ses hommes la dignité et la liberté dont ils s’étaient toujours parés depuis les temps les plus reculés», écrira Mohamed Achour. Sa lettre transmise par la Présidence à Algérie Poste est restée sans suite. Enfin, qu’est-ce qui pourrait déranger les décideurs, parmi les plus hautes autorités du pays, ou même au ministère des Moudjahidine, à songer un jour à immortaliser chaque année pour l’histoire des personnalités symboliques sur des figurines postales.

On commencera par exemple par des hommes comme Mostapha Benboulaïd, Didouche Mourad, Larbi Ben M’hidi, Zighoud Youcef, mais aussi des noms comme Amirouche, Si El Haoues, Benabdelmalek Ramdane, Souidani Boudjemaâ, sans oublier des femmes comme Hassiba Benbouali, les sœurs Meriem et Fadila Saâdane, Malika Gaïd et autres, mais aussi les illustres militants qui ont combattu pour ce pays comme Henri Maillot, Maurice Audin, Fernand Yveton et Raymonde Peshard. Il suffit de faire un premier pas. Ce n’est guère compliqué, c’est juste une question de conscience et de mémoire.

(Article publié par le quotidien EL-WATAN, le 25/02/2016 : Cliquez-ici pour le consulter.)

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