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RIO 2016

«Bien plus que les livres, les journaux ou les moyens audiovisuels, le timbre olympique est étroitement associé à l’image des anneaux olympiques et à leur valeur symbolique pour l’humanité. Les timbres olympiques sont le ''catalyseur'' de l’intérêt général suscité par l’Olympisme et ses principes.» Le centenaire de la philatélie olympique 1896-1996, par Manfred Bergman in Revue Olympique, volume XXV, n°9, juin-juillet 1996.

Sortie le 1er juin 2016, l’émission d’Algérie Poste consacrée aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro (Brésil du 5 au 21 août) a bénéficié d’une belle opération de communication pilotée par le Comité olympique et sportif algérien. C’est ainsi que le 3 juin, dans le sillage de la célébration de la Journée olympique, cinq de nos athlètes auréolés du titre olympique étaient conviés au siège de l’APC d’Oran, à rehausser de leur présence la cérémonie officielle de dévoilement des deux timbres et du bloc-feuillet ainsi que l’exposition philatélique montée spécialement pour l’occasion par Algérie Poste des timbres algériens commémoratifs émis à l’occasion des différentes éditions du plus important rendez-vous sportif de la planète.

En vedette, bien sûr, la nouvelle émission tirée en offset à 200 000 exemplaires par l’imprimerie de la Banque d’Algérie et mise en valeur par un agrandissement photographique trônant sur un chevalet autour duquel de nombreux visiteurs s’étaient pressés pour se prendre en photo.

La thématique olympique étant la plus populaire parmi les collectionneurs de timbres, Algérie Poste avait là une belle opportunité de se distinguer. Le rêve est permis. Pourquoi ne pas aller cueillir le prestigieux trophée Olympia du plus beau timbre olympique attribué après chaque édition des jeux par la Fédération internationale de philatélie olympique (FIPO) ?

Seulement, il y a un hic. Le nombre allant crescendo des timbres plagiés et/ou erronés produits par Algérie Poste ces dix dernières années a fini par jeter la suspicion sur chaque nouvelle émission. Celle-ci en l’occurrence, dont les timbres sont censés avoir été réalisés par un même dessinateur, laisse apparaître à nos yeux une différence de styles graphiques entre le dessin représentant les footballeurs sur le bloc-feuillet et celui des boxeurs et de l’haltérophile sur les deux timbres. La remontée laborieuse aux sources iconographiques de ces derniers nous a fait découvrir qu’ils sont malheureusement entachés de plagiat.

Celui-ci revêt cette fois un caractère particulier en ce sens que le dessinateur ne s’est pas contenté de simples photos piochées dans le stock considérable d’images à portée de clic sur internet comme il a procédé pour la conception du timbre sur les télécentres émis le 17 mai 2011 mais il a jeté son dévolu sur deux timbres-poste émis en 1960 par l’ex-URSS (Union des Républiques socialistes soviétiques) en célébration des 17es Jeux olympiques de Rome. Ces deux figurines, on ne peut plus officielles répertoriées par le catalogue allemand Michel sous les n° 2372 et 2373, font partie d’une série de dix timbres représentant différentes disciplines sportives, dont la boxe et l’haltérophilie.

Elles ont été admirablement exécutées par l’artiste peintre russe Vasily Zavyalov (1906-1972), un des premiers créateurs de timbres pour son pays, auteur de plus de 600 vignettes postales. De ces deux timbres soviétiques, notre dessinateur a tout simplement extrait les illustrations centrales représentant les athlètes avant de leur avoir appliqué une inversion latérale ainsi que quelques retouches destinées à leur conférer une touche locale.

Le timbre à 10 DA, réservé à l’haltérophilie, nous montre un athlète aux cheveux crépus habillé aux couleurs nationales, tandis que sur le timbre à 25 DA, le dessin, représentant les boxeurs, apparaît avec des couleurs modifiées et un ajout de casques aux pugilistes, ce qui en fait non seulement un timbre plagié, mais également erroné, car pour la première fois depuis 1984, les boxeurs engagés aux Jeux olympiques de Rio ont combattu sans casque, suite à une décision de la Fédération internationale de boxe amateur (AIBA), entérinée le 2 mars 2016 par le Comité international olympique (CIO).

Hormis ces modifications, y a pas photo ! Le reste est reproduit avec force détails : des trois bandes bien apparentes sur les chaussures Adidas portées par l’adversaire du boxeur russe jusqu’au liseré du short de ce dernier, en passant par les chaussures montantes noires de l’haltérophile, dont le modèle «haut-dessus» fut abandonné depuis les années 1970 au profit de la chaussure «coupe-basse» qui favorise mieux la mobilité de la cheville.

Pourtant, lors de la phase préparatoire à la réalisation de cette émission, les maquettes sont censées avoir été dûment contrôlées et validées aussi bien par le service philatélique d’Algérie Poste que par le Comité olympique et sportif algérien.

Anecdote édifiante avant de conclure : une erreur d’inversion des couleurs du drapeau tchécoslovaque sur le timbre russe dessiné par V. Zavyalov en 1958, à l’occasion de la Conférence des ministres des Postes et Télécommunications des pays socialistes tenue à Moscou, lui a valu d’être privé du titre d’Artiste émérite de la République socialiste fédérative soviétique de Russie. Cette décoration honorifique ne lui sera finalement remise que dix ans après.

A l’affût des nouveautés, des milliers de collectionneurs du thème olympique à travers le monde attendaient avec engouement cette émission algérienne annoncée par le programme philatélique 2016. Les voilà servis et de quelle manière ! Quant à l’art… mis à part de rares apparitions sporadiques, il y a belle lurette qu’il a déserté les locaux du service philatélique d’Algérie Poste !

(Article publié par le quotidien EL-WATAN, le 06/10/2016 : Cliquez-ici pour le consulter.)

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