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Combien sont-ils ces hommes et ces femmes toujours mis aux oubliettes de l’histoire, 54 ans après le recouvrement de l’indépendance de l’Algérie ? La question se pose d’elle-même à chaque fois que l’administration postale songe à rendre hommage à une personnalité qui a marqué son temps sur un timbre-poste. Contrairement aux pays qui se respectent et qui connaissent bien la valeur de leurs hommes et femmes, en Algérie c’est l’amnésie qui perdure.

Cette réflexion s’est imposée après l’hommage rendu à Aïssa Messaoudi à travers un timbre émis le 28 octobre dernier à l’occasion du 54e anniversaire du recouvrement de la souveraineté sur la Radio et la Télévision, le 28 octobre 1962. Une initiative venue tardivement, quoiqu’en Algérie il n’est jamais trop tard pour tirer des noms de l’oubli.

Aïssa Messaoudi, que la jeune génération ne connaît pas, est décédé en 1994 dans l’anonymat total, après une longue maladie. Né le 12 mai 1931 à Oran dans une famille rurale pauvre, il fréquente l’école coranique, avant de poursuivre avec ses propres moyens des études à l’université de Zitouna à Tunis, où il réussira à décrocher avec succès les deux diplômes équivalents aux brevet et bac. Militant actif et infatigable au sein du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), il sera chargé de présider en 1956 la section de Tunis de l’Union des étudiants algériens.

Très apprécié pour ses capacités de rédaction et sa parfaite maîtrise de la langue arabe, il intègre Sawt Al Djazaïr (La voix de l’Algérie) à Radio Tunis, où il fera ses preuves comme commentateur et journaliste jusqu’en 1959. Durant la même année, il sera affecté à la Radio de l’Algérie combattante, créée à Nador au Maroc. Il reviendra deux ans plus tard à Tunis pour animer des émissions à Sawt Al Djazaïr. Durant les années de la Révolution, la voix de Aïssa Messaoudi, qui retentissait sur les ondes de Sawt El Djazaïr dans toutes les régions et les maquis de l’Algérie, avait un énorme impact sur le moral des combattants de l’ALN.

Après l’indépendance, il sera le premier directeur de la RTA après le 28 octobre 1962. Parmi les grands hommes qui ont marqué l’histoire de l’ex-RTA, mais qui demeurent encore méconnus, il y avait celui qui fut le père du cinéma algérien : Tahar Hannache (1898-1972). Tahar, qui a été le premier Algérien à jouer dans un film L’Atlantide de Jacques Feyder, à l’époque du cinéma muet, en 1922, a exercé avec maîtrise tous les métiers du cinéma.

Il sera ainsi opérateur, régisseur, photographe, caméraman et assistant-réalisateur, avant de produire et réaliser en 1952 Les plongeurs du désert, considérée comme «la plus ancienne œuvre de fiction 100% algérienne conservée à ce jour dans l’histoire du cinéma en Algérie». Tahar Hannache travaillera à la Télévision jusqu’en 1962, où il formera les futurs techniciens algériens de l’ex-RTA de l’après-indépendance.

Ce sera ce groupe de techniciens et d’autres revenus du maquis, dirigés par Aïssa Messaoudi, qui relèveront le défi et assureront la continuité de la diffusion des programmes de la Radio et de la Télévision après le départ de tout le personnel français le 28 octobre 1962. C’était l’année du recouvrement de la souveraineté sur la Radio et la Télévision.

Tahar Hannache décédera le 1er août 1972, à l’âge de 74 ans, sans jamais penser prendre sa retraite. Le grand Tahar Hannache est parti lui aussi dans l’anonymat. Personne ne se souviendra de lui durant des décennies. Aura-t-il droit un jour à un hommage sur un timbre-poste ? L’histoire nous le dira.

(Article publié par le quotidien EL-WATAN, le 03/11/2016 : Cliquez-ici pour le consulter.)

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